Maman à la maison… Pourquoi pas?

Les préjugés

Avant de faire la connaissance de Mini Puce et donc, avant de me faire revirer mes priorités de vie de bord en bord, j’avais des préjugés sur la maman à la maison. Je ne pense pas me tromper si je dis que la plupart des gens en ont, et je ne peux pas leur en vouloir: j’en ai été, comme je le dis. Une maman à la maison, c’est vedge et zen: tu joues avec ton bébé, tu prends des belles p’tites marches en chantant, tu fais le souper pour ton mari qui rentre, pourquoi pas lui frotter le dos amoureusement avec ton tablier plein de farine et bébé souriant dans l’autre bras. Les vêtements sont toujours pliés en de jolies piles, repassés, le plancher étincelant. On se croirait dans une annonce de M. Net, on sent même le citron artificiel en lisant cet article, le pain de viande et la brise printanière nous déplacer une couette dans l’front.

Ce sont des Préjugés: dans la vraie vie, c’pas pentoute de même que ça se passe. Mais je le savais pas encore…

Papa Puce et moi sommes deux anxieux de la vie. On se voyait déjà mal travaillant tous deux et courir à la presse le soir savoir qui a le temps d’aller chercher Mini Puce, faire l’épicerie, gosser un souper. Surtout que Papa Puce a un travail qui le commande: il sait jamais quand il finit ou quand il commence, il travaille tant qu’on a besoin de lui (HURRAY pour la vie de famille, mais les valeurs en valent la peine). Donc faudrait que j’aie le job stable “moins important”, déjà que j’ai des “bouttes” d’études en tout, faisant partie de la génération qui se branche tardivement sur sa carrière. Donc bon, on avait pas vraiment le choix, pis ben, c’était ça qui était ça.

“qu’est-ce qu’ils vont penser?”

Petit bonhomme de chemin, je réflexionne comme seule une maman au hamster qui tourne trop vite sait le faire, et je me dis… Hey, pourquoi est-ce que je resterais pas à la maison? Mais, qu’est-ce que la famille va penser de ça? Vais-je me faire juger? Et la société? Et Papa Puce, vivre sous le bras de quelqu’un, c’est dur pour l’orgueil, c’est dur pour l’indépendance. TRÈS DUR (après deux ans j’arrive toujours pas à être à 100% en harmonie avec la situation). Je me disais que cette idée était de celles que si tu y penses pas trop souvent, c’est une phase, ça finit par penser et plus tard tu te dis “ouf, une chance que j’en ai pas parlé”, sinon ça revêt un caractère un peu plus officiel, pis t’es pogné avec.

Sauf que c’était pas une passe. woups.

 

IMG_2504

J’en ai donc parlé à Papa puce qui était peut-être un peu surpris sur le coup, mais hey, c’est vrai que ce serait beaucoup moins stressant. Quelques calculs plus tard, ce serait bien faisable. Et puis, comme toute bonne maman, j’étais rendue à la fin du congé, tsé au bout désagréable où tu sais que le retour au travail s’en vient vite en titi et tu as le coeur en mille miettes à l’avance. Bref, la réflexion est arrivée à la croisée des chemins. Puis on a attendu.

Puis, on s’est rendu compte qu’à force d’attendre, ben…

j’étais devenue maman à la maison.

Maman Puce à temps plein, c’était ça, mon emploi. J’ai pris ça très au sérieux, même si on a eu une place en CPE, on s’est dit que Mini Puce pouvait bien y aller deux jours semaines “juste au cas”, et je pourrais me reposer/faire du ménage (L-O-L)/recommencer à prendre des contrats. Je me chargerais donc à temps plein de son éducation, du “filage” de son cerveau. Je me suis donc un peu transformée en éducatrice sur le tas: activités sensorielles, jeux sur les lettres, jeux pour compter, tâches ménagères, cuisine… Jamais j’aurais cru ça dans ma vie.

Puis, je me suis rappelé qui j’étais quelques années auparavant et les idées de marde que j’avais sur les mères au foyer, parce que c’est ce que c’était. Totalement déconnectées de la réalité de l’emploi, parce que c’est clairement un job à temps plein: 24/24, temps supplémentaire, accidents de travail, pas de salaire à proprement parler, formation continue sur tes heures de pause, qui sont, soit dit en passant, quasiment inexistantes.

Quossa donne, finalement?

Mais, la récompense en vaut la chandelle: tu vois ton enfant évoluer SOUS TES YEUX. Tu as pas une inconnue qui te fait un rapport à 5h en finissant ton shift. Tu peux bombarder de photos et de films ton chum pour montrer les premiers pas, le premier “ELLE S’EST ASSISE SUR LE POT OMG”, la première bouchée à la cuiller, le premier “papa”. Du jour au lendemain, elle dit des lettres, les pointe, des chiffres, des mots, des chansons. Et ça, c’est grâce à TOI, Maman Puce, apprentie éducatrice maman à la maison.

C’est le travail le plus valorisant de la terre, le plus dur, le plus épuisant, mais… Sérieux, j’ai rien à dire d’autre dans mon énumération autre que FUCK YEAH.

Si vous avez peur de vous lancer, peur des jugements: dans nos familles ça a fait son petit bonhomme de chemin et ça a très bien passé. De toute manière, c’était pas ça le pire je pense: j’avais déjà fait une trail avec mon allaitement jusqu’à 2 ans pas-gênée-pentoute-voici-mon-sein. Et mon maternage, disons, très proximal. Le pire était fait. L’acceptation de toutes les parts (je m’inclus là-dedans) a été un processus, oui, mais quand on a fini par bâtir son cocon et s’établir une routine, se faire des repères… C’est un des meilleurs choix de ma vie. Sérieusement.

Maman Puce