Comment la maternité a transformé mon cerveau

Aujourd’hui, je vous présente Puce. C’est moi, Maman Puce, mais avant le Maman. Juste Puce. Je vais faire l’exercice de me comparer avant Mini Puce, et après Mini Puce, pour la cause de la curiosité de ceux qui n’ont pas d’enfants. Pour vous démontrer qu’avoir un enfant ça n’est pas négatif, comme plusieurs semblent trouver ça éreintant, bouffeux-de-jus, difficile.

Parce que oui, avant d’être maman, je n’étais que moi sans tous ces changements que la maternité a apportés à mon cerveau. Je vois mon cerveau comme une genre de poupée matrioshka, mais tsé, la toute petite. C’est comme si la maternité avait ajouté toutes les autres couches, peu à peu, au fur et à mesure que je découvrais ma nouvelle vie.

À tous ceux qui ne comprennent pas ce que ça peut bien changer d’avoir un enfant, version POSITIF!

Cerveau Puce: petite poupée gigogne

  • Indépendante, très très indépendante.
  • Pas très sociable, j’aime être dans ma bulle, pas vraiment d’intérêt pour le reste du monde, ni adultes ni enfants.
  • En fait, j’aime pas vraiment les enfants: ils me rendent vraiment mal à l’aise quand ils savent pas parler, je sais pas trop comment les manipuler physiquement, ils me font peur quand ils pleurent.
  • Mon chum, c’est mon mari, mon meilleur ami et mon amant.
  • J’ai quelques amis que je peux compter sur les doigts d’une main, et c’est bien comme ça! J’ai pas vraiment envie d’avoir un “cercle” d’amis.
  • J’adore voyager, je rêve de partir loin loin avec un sac à dos et mon chum, de découvrir plein de nouveaux paysages, des gens différents, des cultures différentes.
  • Je suis près de ma famille, je les adore mais sans plus je vous avoue.
  • Je ne suis pas tellement du genre à m’ennuyer de qui que ce soit, je suis autosuffisante, je suis bien seule chez moi.
  • Je suis introvertie, anxieuse, dépressive, et très dépendante d’autrui (ironique n’est-ce pas?), surtout de mon copain.

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Cerveau Maman Puce: le reste de la poupée

  • Je suis toujours un peu indépendante, j’aime ma bulle.
  • Très sociable! J’aime toujours autant ma bulle, mais ma fille me porte à aller vers les autres, j’en ai même souvent l’envie.
  • J’adore les enfants, ils me font sourire, avec eux je me sens bien. Lorsqu’ils pleurent, je me sens toute chavirée et j’ai envie de les prendre pour les consoler (si je dis que je les allaiterais tous je vais passer pour une maudite folle alors je le dirai pas).
  • Mon chum, c’est mon mari, mon meilleur ami, mon amant et le père de ma fille.
  • La sélection naturelle a fait son oeuvre dans mon cercle d’amis: plusieurs sont partis, mais beaucoup d’autres y sont entrés: parents d’enfants avec qui ma fille s’entend bien, mamans aux mêmes valeurs que moi.
  • J’adore toujours autant voyager, mais je veux le faire en famille! Toujours partout dans le monde, découvrir tout à travers les yeux de ma fille, avec elle, avec son papa, tous ensemble. À notre rythme.
  • Je suis fusionnelle avec ma famille: je veux que ma fille les connaisse comme s’ils étaient à deux pas d’ici même si ce n’est pas du tout le cas. On se parle tous les jours ou presque, Mini Puce fait des pets de bouche avec Grand-Papa Puce sur Skype.
  • Je m’ennuie de mes amis proches, je m’ennuie des playdates avec des enfants. Je veux de la vie chez moi.
  • Je suis extravertie, toujours un peu anxieuse, beaucoup moins dépressive, et très indépendante d’autrui: beaucoup plus fonceuse et confiante. Je ne suis plus seule, j’ai Mini Puce avec moi tout le temps.

Et alors? Ça apporte quoi d’avoir un enfant?

Avoir un enfant, ça change ta vie. Tu ne peux pas savoir comment ça te changera avant d’être rendu là. Pour ma part, ça a été d’être pas du tout proximale et pas aimeuse d’enfants jusqu’à être maternante jusqu’au bout des ongles et adorer les enfants.

Je pourrais donc dire aux gens qui n’ont pas d’enfants: vous ne pouvez en aucun cas juger les parents qui ont des enfants, ou même comprendre ce que c’est que d’avoir un petit être qui dépend de vous, qui vous observe, qui vous calque, qui se moule contre votre corps quand le sien est blessé.

Et je peux aussi vous dire, gens sans enfants: je vous souhaite grandement d’en avoir un jour si c’est ce que vous souhaitez, parce que c’est sincèrement la plus belle chose qui puisse vous arriver. Votre perception sera peut-être “omg avoir un enfant, t’as pu de vie!”. Non, tu n’as plus cette vie d’avant. Mais tu sais quoi? J’reviendrais pour rien au monde à cette vie d’avant. Je crache volontiers sur ces nuits de sommeil paisible, cette indépendance, ces soirées de fiesta con cerveza, si en échange j’ai ma fille.

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Parce que ce que peu comprennent, c’est que même avec Mini Puce dans ma vie, je peux faire tout ça aujourd’hui quand même. Oui j’ai encore une vie. Elle est différente: elle est pleine d’amour, de vomi, de graines par terre, de perles de mots, de dodos collés, de regards pleins de coeurs, de rires, de cris, de pleurs, de courses au parc, de wrestling pour laver le nez, de fièvre, de coloriages, de marches au soleil.

C’est ma vie, et pour rien au monde je ne redeviendrais Puce. J’aime bien trop Mini Puce pour ça. J’aime bien trop le cadeau qu’elle m’a fait. Maman Puce l’aime beaucoup trop.


PETITS GUIDES POUR ME FAIRE PÉTER UN PLOMB:

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Bébé fait-y ses nuits, là?

Ceux qui me connaissent savent combien j’ai en horreur l’expression “faire ses nuits” en parlant d’un bébé, mais surtout en parlant d’un nourrisson. Ça vient me chercher bien fort parce que ça traduit ce que je hais dans la relation moderne parent-enfant et dont j’ai parlé pas mal dans d’autres articles: ici je ne jaserai que du faisage de nuits, qui mérite un billet à lui seul.

Faire ses nuits?

Pour certains, quand bébé fait ses nuits, c’est 4h d’affilée. Pour d’autres, c’est 12h, ou 8h, ou 6h. Quoi qu’il en soit: un bébé qui se réveille la nuit, c’est normal, c’est le cas contraire qui ne l’est pas, surtout en très bas âge. Mais comment ça, donc? Ça dort pas drette en partant ces p’tites bêtes-là? Non.

On sait que le bébé humain nait prématurément de nature: au fil de l’évolution, la tête de l’humain est devenue tellement grosse suite à l’expansion du cerveau que la grossesse s’est raccourcie afin de permettre à la tête de passer par le bassin. Jusqu’à 9 mois de vie, bébé est donc considéré comme étant en “gestation externe”: il devrait encore se trouver dans le bedon de la maman, ce qui donnerait normalement une grossesse de 18 mois si le physique humain le permettait. Entre autres, si nous ne marchions pas sur deux jambes, car si nous n’étions pas bipèdes, y’aurait pas de problème, mais ça l’air qu’on a décidé de tourner ça autrement! Donc, de s’imaginer que l’enfant aura un sommeil mature avant un an relève un peu de l’utopie, considérant qu’il viendrait à peine de naître s’il naissait réellement à terme. Vous me suivez?

On note aussi que le sommeil des enfants partageant le lit/la pièce des parents est différent de ceux qui sont dans une pièce séparée: au cours de la nuit, la mère, sans même se réveiller, procède à plusieurs examens du bébé lorsqu’il dort pour vérifier s’il a trop froid ou trop chaud, ce qui évite déjà des réveils inutiles. De plus, les tétées nocturnes se font sans presque même se réveiller, donc l’enfant ne se réveillerait pas les trois quart du temps, comme chaque mini problème qui survient est presqu’instantanément réglé par le parent à proximité. Les cycles de sommeil restent les mêmes, mais on ne se réveille pas entre eux, ou pratiquement pas.

Les cycles de sommeil: bébé versus adulte

Mini Puce qui dort, saoule de lait

Mini Puce qui dort, saoule de lait

Il est donc logique de dire que les cycles de sommeil de bébé ne sont pas du tout les mêmes que ceux de l’adulte: on parle de 50 à 90 minutes, allant en s’allongeant jusqu’à l’adolescence. Nous autres adultes fonctionnons selon le cycle circadien de 24h, c’est-à-dire selon la luminosité (réveillés le jour, veille la nuit, même si ça n’a pas toujours été le cas, j’en parlerai plus tard). Ce n’est qu’à partir des trois mois de bébé qu’il commence à être influencé par le cycle circadien, et cette “organisation biologique” ne finira que vers deux ans.

La proportion d’enfants qui recommencent à se réveiller la nuit augmente après 9 mois pour être à son maximum dans la deuxième année. A 3 ans, 20 à 35 % des enfants se réveillent encore la nuit et cela diminue jusqu’à 5 ans […] les chiffres seraient même plus importants : entre 2 et 3 ans, 60 % des enfants se réveilleraient au moins une fois par nuit, mais seuls 5 % auraient un vrai trouble du sommeil.

jusqu’à 3 mois, les bébés dormaient un total de 15 h en moyenne (fourchette de 12 à 20 h), 90 % se réveillaient au moins une ou deux fois par nuit,
de 3 à 5 mois, près des trois-quarts se réveillaient une ou deux fois,
de 6 à 8 mois, les deux-tiers se réveillaient une ou deux fois,
de 9 à 12 mois, 47 % se réveillaient une ou deux fois. – Ligue de la Leche

Parfois, vous levez-vous pour faire un p’tit peupi, manger un brin, boire un verre d’eau? Oui? Alors, dites-moi pourquoi bébé n’aurait-il pas besoin d’en faire autant, surtout qu’il vient de se faire propulser dans un monde étrange full lumière et sons et sensations inconnues, que son cerveau roule toute la journée à assimiler toutes ces nouvelles choses qu’il découvre?
C’EST NOR-MAL. Dans la norme. Biologiquement logique.
Mais sociétalement, non, ce ne serait pas normal. Pourquoi?

Le sommeil: nature et société

Avant, la nuit était biphasique, c’est-à-dire qu’en pleine nuit, on se réveillait, on prenait un café, on jouait aux cartes, on lisait, puis on dormait le reste de sa nuit (jusqu’au 17e siècle, en fait). Fun Fact: des personnalités sont même connues pour avoir adopté le sommeil polyphasique, entre autres Léonard De Vinci et Thomas Edison, et les navigateurs l’utilisent aussi pour éviter les longues périodes pendant lesquelles ils ne s’occupent pas de leur navire.

En fait, chez l’animal, nous faisons partie des rares à avoir un sommeil dit monophasique (tout d’une traite, qui serait entre autres dû à l’industrialisation et donc à l’éclairage artificiel): dans la nature, on exige chez la plupart un état de veille constant face aux prédateurs, ce qui donnerait des réveils fréquents pendant la nuit, allant même jusqu’à être actif entre certaines phases.

Je me fais souvent lancer des roches parce que je dis qu’on est des animaux, mais que vous aimiez ça ou pas, c’est le cas: c’est donc pourquoi les enfants ne dorment pas des nuits monophasiques avant un certain âge. Logique, non? Ils doivent, eux aussi, s’adapter à cette différence quand même récente chez l’humain par rapport avec ce que ses gênes lui disent de faire.

Donnons leur une chance, ok?

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Je sais donc ben pas d’où vient cette obsession de la société à vouloir faire “faire des nuits” à nos bébés le plus rapidement possible, mais à la lumière de tout ça, il me parait bien illogique de vouloir imposer ça à des minis êtres pour qui c’est clairement contre nature. Déjà que pour nous, en tant qu’espèce, ça semble un peu contre nature, surtout qu’on doive s’adapter à l’industrialisation dès la naissance… Donnons-leur une petite chance, voulez-vous? Ils ont déjà pas mal de trucs à gérer sans en plus gérer nos caprices égoïstes de manque de sommeil.

J’ai ben de la misère à croire que certains peuvent penser qu’un bébé doit dormir de manière mature à peine quelques semaines après sa naissance, et qu’il faut lui apprendre à dormir, à “faire ses nuits”. C’est bien égoïste comme concept: on parlerait plus du bébé qui lui devrait faire NOS nuits, parce que lui, ses nuits, il les fait. À SES heures. C’est juste que NOUS, on aimerait donc ben dormir hein? Pourquoi il dort pas toute la nuit pour nous laisser dormir, pauvres parents exténués?

Tous les parents sont dans le même bateau, y’a pas un bébé qui dort toute la nuit direct en naissant, ni chez l’humain, ni chez quelque autre espèce animale. Les autres animaux aussi la trouvent pas facile, mais heureusement ils ne sont pas assez “intelligents” pour inventer des méthodes farfelues pour “apprendre à bébé à dormir”. Pis c’est pas vrai que parce qu’on sait construire des buildings, que nos bébés sont plus intelligents que les autres et qu’ils vont dormir, manger et aller à l’université à 6 semaines.

Laissons les bébés être ce qu’ils sont: des petits humains qui ont besoin qu’on les accompagne dans leur apprentissage et leur adaptation à notre vie.

Pas des mottons de pâte à modeler qu’on essaie de faire fitter dans un moule ben trop compliqué.

Maman Puce


PETITS GUIDES POUR ME FAIRE PÉTER UN PLOMB: