Apprivoiser son TDA/H… et celui des autres

Dans ces temps nébuleux où on clame à tout va que ces quatre lettres sont une “mode”, une “étiquette” ou “inventées par la médecine” alors que trop peu savent en réalité ce qui se cache derrière elles, étant moi-même une des 4% d’adultes atteints dans le monde entier (seulement 10% de ces adultes sont diagnostiqués… aïe!) et une des 3-5% d’enfants à l’époque, le trouble est encore trop peu connu mais pourtant bien réel, et c’est bien dommage parce que lorsqu’on se fait diagnostiquer, sur le coup c’est rough à accepter, mais c’est tout de même tellement soulageant de savoir qu’on est pas moins bon ou moins intelligent que les autres, comme on l’a pensé toute notre enfance à force de tirer de la patte derrière les autres enfants (ceci est définitivement la phrase la plus longue du monde).

Ça concerne aussi les enfants, parce que c’est malheureusement héréditaire: chaque parent TDA/H rajoutant des chances à l’enfant de l’être, le trouble a plus de 50-60% de se conduire à l’âge adulte. Papa Puce et moi le sommes tous deux, donc Mini Puce le sera fort probablement même si on attend (quel joyeux bordel :3).

TA-DAH! J'suis ben attachante pareil, tsé!

TA-DAH! J’suis ben attachante pareil, tsé!

Petit “roundup” de l’association PANDA

Le déficit d’attention avec ou sans hyperactivité est un trouble d’origine neurologique. Souvent, les personnes atteintes ne parviennent pas à prêter attention aux détails. Elles rencontrent des difficultés dans la réalisation de travaux scolaires, dans les activités sportives et de loisirs, au travail ou dans d’autres activités. Dans 50% à 65% des cas, le trouble se prolonge à l’âge adulte.

Le TDA/H touche un Québécois sur vingt. Il a un impact majeur sur presque tous les aspects de la vie quotidienne des personnes atteintes et de leur famille. Le TDA/H affecte le travail des éducatrices et éducateurs et la qualité de l’enseignement. Certains élèves TDA/H n’arrivent pas à trouver leur place dans le cheminement scolaire régulier et n’ont pas d’alternatives.

Puisque le TDA/H n’est pas une problématique de santé reconnue, les écoles ne bénéficient pas de fonds spécifiques pour soutenir le personnel enseignant et la mise en place de mesures adéquates.”

Maman Puce au secondaire, au cégep, à l’université…

Quand j’étais plus jeune, au primaire/secondaire, je me rappelle qu’écouter en classe était un beau sport auquel je n’excellait pas pentoute. Pas parce que ça m’intéressait pas, bien au contraire, on m’a toujours dit que j’étais si curieuse!

EXEMPLES de distractions

  • Elle fait tellement des drôles de bruits de bouche, la prof, quand elle parle!
  • As-tu vu la couette mal placée du prof?
  • Ou la texture de la craie sur le tableau?
  • Ou le nombre de tuiles au plafond?
  • Ou la fille d’en avant qui arrête pas de shaker du pied, seigneur j’vais la tuer!
  • Ou l’autre dans le fond de la classe que j’entends manger sa gomme?
  • Non? Parce que moi, ça m’obsède réellement.

Prendre des notes incomplètes, lire dans le vide

Et tous ces dessins que je finis par faire dans les marges de mes cahiers de note: mes cahiers sont un tas de dessins anarchiques au travers desquels y’a des notes d’une écriture parfaite et aux titres de couleurs différentes (on se rappelle les crayons gel). Donc, mes notes sont très souvent incomplète parce que j’en perds des bouts à force d’être distraite à gauche et à droite, je suis juste pas capable de me concentrer à écouter ce que le prof me dit. Pas que je manque de volonté. J’en suis juste IN-CA-PA-BLE. Sans parler du fait que je lis souvent “dans le vide”: lire 10 pages et se rendre compte à la 10e qu’on pensait à autre chose et qu’on se souvient pas du tout de ce qu’on vient de lire.

Ça pis le fait que si je suis fatiguée/stressée/dans une situation X, ma capacité à me concentrer est exponentiellement divisée par le nombre d’heures que j’ai pas dormi à force de virailler dans mon lit à penser à plein d’affaires pas rapport. Donc écouter un prof parler pendant deux heures… Hé boy!

examens vierges et panique

Et les examens: j’ai souvent dû remettre un examen vierge/quitter un cours en catastrophe parce que j’avais oublié les réponses tellement j’étais distraite par tout ce qui m’entourait, ou par crise de panique parce que je n’arrivais tout simplement pas à me concentrer et que ça me rendait agressive et impulsive. Imaginez les notes qui vont avec tout ça.

Maman Puce au quotidien

Le royaume des listes oubliées

Toujours aussi facilement distraite, ma maison est un champ de tâches enclenchées on hold. J’ai une liste sur mon four, des post-it sur mon comptoir, des applications de listes partagées synchronisées sur mon iPhone, mon iPad, mon Mac, tout comme des calendriers partagés; j’ai même des rappels pour me dire de prendre mes ‘tites pelules (inquiète-toi pas, j’vais en parler tantôt), sinon je les oublie minimum 2-3x semaines (donc 2-3 journées où j’m’en rends compte et que je me sens physiquement comme un zombie ambulant).

On peut donc conclure que je travaille ben, BEN fort à un semblant d’organisation.

Ben ma liste sur mon four, je la vois pas, bien souvent, tout comme mes post-it qui font partie du décor après 5 minutes. Je tasse mes rappels iPhone de côté le temps d’aller répondre à quelqu’un, puis CROTTE! le camion de poubelles passe, j’sors les sacs en vitesse, et hop! oublié le rappel. Puis, je me rappelle que j’ai toujours pas mis ma brassée dans la sécheuse, et j’vais la relaver une 3e fois. Je croise mon lit pas fait, je le fais avant de l’oublier, pour ainsi oublier ma brassée. Ça, c’est pour les tâches quotidiennes…

Perdre, oublier, procrastiner

Quand je dois partir quelque part, j’ai pris l’habitude de me faire un sac “kit de survie” que je laisse toujours sur le bord de la porte avec une suce, des collations, couches, crème solaire, du change, un maillot de bain pour Mini Puce, des lingettes… Bref, me reste juste à rajouter mon cellulaire. J’ai aussi pris l’initiative d’acheter un étui dans lequel je pouvais stocker mes cartes, maintenant il ferme plus parce que j’y mets aussi ma clé (détachée du trousseau, j’vais clairement la perdre elle aussi), parce que ce sont toutes des choses que j’oublie partout. Je perds en moyenne 2-3 cartes OPUS par an, puis l’an d’après je finis habituellement par les retrouver dans des sacoches, poches de manteaux…

Quand je suis enfin prête à partir, j’en ai toujours pour au moins 2-3 allers-retours: oublié mon cell, oublié de barrer la porte, oublié un chapeau, etc. Et les trois quarts du temps j’oublie de fermer la porte patio anwyay: meilleure chance la prochaine fois pour la sécurité! Les lumières restent presque toujours allumées et la musique aussi, parce que j’oublie toujours. Et je suis clairement toujours dernière minute/en retard parce que je procrastine et j’ai la plus mauvaise estimation du temps au monde.

Socialiser = un cauchemar

En mode “social”, c’est un vrai enfer. Aller prendre un café quelque part, c’est écouter 1000 conversations, bruits divers, regarder les clients entrer: tout ça, en pleine conversation avec mon interlocuteur, donc je perds souvent le fil d’une discussion et finis par faire des “hmm hmm” et par plus du tout savoir de quoi on parle. Même chose pour les partysJe finis souvent par m’isoler un petit 5-10 minutes question de reprendre mon souffle ou de me reposer parce que force est d’admettre que c’est fucking épuisant de tout suivre en même temps et de faire des gros efforts pour te concentrer sur une seule chose alors que ça marche pas du tout.

Passions éparpillées et syndrome du “j’ai pas envie”

Aussi, on est réputés pour être des vrais passionnés d’un peu tout et n’importe quoi: pour ma part, c’est la danse, l’écriture, la lecture, les jeux vidéos, le graphisme, la photo, la couture, et j’en passe. On est aussi réputés pour être surtout des passionnés “par phases”: je vais jouer 24/24 à un jeu pendant X semaines, puis PAF, j’suis tannée. Je m’achète un nouveau livre, je le dévore, m’en achète un 2e, à la fin de la moitié je décroche, et là hop! je me découvre une passion pour la couture, j’en fais sans relâche pendant X temps et j’ai soudainement envie de me remettre au graphisme.

Dès que quelque chose ne me tente plus, être obligée de le faire pareil c’est comme mourir un tout petit peu en dedans: ça m’angoisse, me fait paniquer et même parfois pleurer (tranche de vie sentimentale). Je reporte et reporte encore, j’oublie de plus en plus, et le pire: c’est même pas volontaire (si seulement, j’aurais quelqu’un à blâmer!).

Et les médicaments dans tout ça?

Sachez d’abord qu’on est plus à l’époque du Ritalin pour tout l’monde. Aujourd’hui, je ne crois pas me tromper en disant que pour être médicamenté, on doit être d’abord diagnostiqué, et avoir un réel besoin physiologique à combler pour s’en faire prescrire. Il faut d’abord se rendre compte que nous sommes “différents” (pas moins bons, pas moins intelligents, pas stupides), et que quelque chose est en cause: ces mêmes quatre petites lettres, le TDA/H. Pourquoi H? Parce qu’on peut très bien avoir un trouble du déficit de l’attention SANS être hyperactif, on peut même être hypoactif (genre moi).

Vous passeriez-vous de lunettes? non? votre cerveau non plus

Et aujourd’hui, plusieurs médicaments existent avec des durées/effets/forces variés: chaque personne est différente, les besoins sont différents, et on doit d’abord trouver la bonne combinaison, ce qui n’est pas un processus facile (lire long et tumultueux), comme lorsqu’on va s’acheter des lunettes. Mais un coup qu’on a trouvé la bonne combinaison, pour être bien honnête et sans en mettre trop: ça change notre vie. Pour ma part, j’ai enfin découvert ce qu’était la productivité, la concentration, la gestion du stress, l’organisation. Ça ne règle pas le trouble, mais ça nous donne un bon coup de pouce pour bien recevoir des informations, les traiter, et s’organiser. Ça aide notre cerveau à se mettre des lunettes, dans le fond.

Et croyez-moi, quand on vit ça pendant 27 ans… Le jour où mon médecin (lui-même TDAH) m’a diagnostiquée et proposé un test de médication, j’ai accepté tout de suite et j’ai rapidement vu des changements très positifs, même si la combinaison magique se fait encore attendre.

Ressources

Un petit site que je viens de découvrir et que j’aurais aimé connaître avant: Auto-évaluation du TDA/H chez l’adulte. Le titre dit tout dans l’fond. Ça reste qu’un outil hein, pour avoir un vrai diagnostic il faut passer des tests et en parler avec un spécialiste, mais reste que ça peut te sonner des cloches quand tu savais même pas qu’elles existaient, ce qui est plutôt chouette!

Collaboration d’une nutritionniste chez Radio-Canada qui donne une piste étudiée depuis longtemps: les colorants alimentaires dans l’alimentation, souvent cachés en tout petit dans les listes d’ingrédients, pourraient augmenter les symptômes du TDA/H (et non les créer, on se calme le pompon). Ça peut être une super piste pour se faciliter la vie!

Des trucs pour mieux dormir (parce que TDA/H vient souvent avec des troubles de sommeil, évidemment!). Les écrans sont vraiment le yâb’ en personne pour le TDA/H.

Lecture de chevet avec des trucs pour vivre avec le TDA/H chez l’adulte au quotidien (duquel mon docteur chéri a coaché l’écriture, j’suis DONC BEN fière!): Mon cerveau a encore besoin de lunettes, de Dre Annick Vincent (il existe aussi une version pour les parents dont l’enfant est atteint du TDA/H).

Les Associations PANDA: l’endroit où aller chercher des services comme du support, des outils, des conférences, des formations, des références, de l’information et, point ARCHI IMPORTANT: une sensibilisation auprès des employeurs parce qu’on s’entend qu’un employé sur 20 est atteint de TDA/H et que trop peu de gens savent pas ce que sont ces “bibittes”-là.

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5 thoughts on “Apprivoiser son TDA/H… et celui des autres

Moi j'pense que...

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